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Data centers, 210 milliards possibles mais la souveraineté reste à construire

Une étude de Rexecode estime que les investissements cumulés dans les data centers français pourraient atteindre 210 milliards d’euros d’ici 2035. La France dispose d’un avantage électrique réel, mais plus de 70 % de son marché du cloud reste contrôlé par les grands groupes étrangers.

Publié le 27 juillet 20265 min de lectureMedia90
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Une note de Rexecode datée du 21 juillet et mise en avant par la presse le 25 juillet estime que les investissements cumulés dans les data centers français pourraient atteindre 210 milliards d’euros d’ici 2035. Dans son scénario central, la puissance installée serait multipliée par dix par rapport à 2025. Ce montant constitue une projection économique, non une somme déjà engagée ou garantie.

La question centrale dépasse donc le nombre de bâtiments construits. La France peut-elle transformer son avantage électrique en véritable souveraineté numérique, ou se limitera-t-elle à fournir du terrain et de l’énergie à des groupes contrôlant déjà l’essentiel du marché mondial du cloud et de l’intelligence artificielle. La Direction générale des Entreprises reconnaît que les hyperscalers détiennent encore plus de 70 % du marché français du cloud.

Les 210 milliards restent un scénario

Rexecode estime que la France bénéficie d’une électricité largement décarbonée, d’une position géographique favorable et d’un écosystème scientifique capable d’attirer les infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle. L’institut souligne toutefois que la concurrence internationale reste forte et que la réalisation des projets dépendra de la rapidité des raccordements et des décisions administratives.

Le sommet Choose France du 1er juin a présenté 93 milliards d’euros d’investissements étrangers répartis entre 71 projets. SoftBank a confirmé 45 milliards d’euros pour développer au moins trois gigawatts de capacités informatiques en France, avec une ambition pouvant atteindre 75 milliards et cinq gigawatts. Le montant supérieur reste donc un objectif potentiel, contrairement aux 45 milliards annoncés comme confirmés.

Additionner des annonces ne suffit pas à mesurer l’investissement réellement réalisé. Certains projets seront retardés, redimensionnés ou abandonnés. RTE intègre explicitement cette incertitude dans ses prévisions électriques et suppose que tous les raccordements demandés ne se concrétiseront pas.

L’électricité française constitue un avantage réel

La France compte environ 300 centres de données selon RTE. Ils consomment près de 10 térawattheures par an, soit environ 2 % de la consommation électrique nationale. Huit sites sont directement raccordés au réseau à haute ou très haute tension, pour une puissance totale de 800 mégawatts.

RTE prévoit une consommation comprise entre 15 et 20 térawattheures en 2030, puis entre 23 et 28 térawattheures en 2035. Les data centers représenteraient alors environ 4 % de l’électricité utilisée en France. Leur consommation serait presque triplée, mais resterait absorbable à l’échelle nationale si la production et le réseau évoluent comme prévu.

Cette moyenne nationale ne supprime pas les difficultés locales. Un très grand centre peut demander entre 100 et 200 mégawatts, soit une puissance comparable à celle consommée par une ville comme Le Mans ou Saint-Étienne. Une dizaine de projets dépassent même 400 mégawatts. Leur implantation doit donc être coordonnée avec les besoins industriels, les logements et les transports électriques du territoire concerné.

Les capacités réservées doivent être contrôlées

En mai 2026, RTE avait reçu des demandes de raccordement représentant près de 18 gigawatts pour environ 80 projets, contre cinq gigawatts à la fin de 2024. Cette progression ne correspond pas à une consommation immédiate. Les data centers raccordés depuis deux ou trois ans utilisent en moyenne seulement 20 % de la puissance qu’ils avaient demandée.

Une marge est nécessaire pour accompagner la montée en charge et sécuriser les installations. Des réservations excessives peuvent toutefois immobiliser une capacité électrique au détriment d’une usine, d’un quartier ou d’un projet plus avancé.

La Commission de régulation de l’énergie a autorisé une procédure accélérée pour les consommateurs demandant entre 400 mégawatts et un gigawatt. Les raccordements pourraient intervenir dès 2028 ou 2029 sur des sites sélectionnés par l’État. Les porteurs doivent démontrer la maturité de leur projet et payer les coûts supplémentaires liés à cette accélération.

Ce principe doit être maintenu. Les investisseurs privés ne doivent pas réserver gratuitement une ressource rare ou transférer au réseau le coût d’un projet spéculatif. Les échéanciers de paiement et les garanties financières doivent permettre de libérer rapidement les capacités lorsqu’un engagement n’est pas respecté.

Des investissements utiles mais peu d’emplois directs

Les grands chantiers mobilisent des entreprises du bâtiment, de l’électricité, du refroidissement et des équipements industriels. SoftBank prévoit également une coopération avec Schneider Electric pour fabriquer à Dunkerque des modules d’alimentation destinés aux centres de données. Cette production locale peut créer davantage de valeur qu’une simple implantation de serveurs importés.

L’exploitation quotidienne d’un data center reste cependant très automatisée et nécessite relativement peu de salariés au regard du capital investi et de la puissance consommée. Les 15 000 emplois annoncés lors de Choose France concernent l’ensemble des 71 projets, et non les seuls centres de données. Il serait donc trompeur de leur attribuer automatiquement tous ces recrutements.

Les collectivités doivent évaluer chaque implantation à partir des emplois permanents, des achats auprès d’entreprises françaises, des recettes fiscales et des infrastructures demandées. Un investissement de plusieurs milliards peut rester utile avec peu d’emplois, mais il ne doit pas être présenté comme une politique de recrutement massif.

Héberger les serveurs ne suffit pas

La localisation en France améliore la rapidité des services, la résilience des réseaux et la capacité à protéger certaines données selon le droit français et européen. Elle n’efface pas la dépendance envers les fournisseurs de puces, de logiciels, de modèles d’intelligence artificielle et de services cloud.

La Direction générale des Entreprises souligne que les offres françaises de confiance restent principalement concentrées sur les couches techniques d’infrastructure et de plateforme. Les grands fournisseurs mondiaux conservent plus de 70 % du marché. La souveraineté exige donc de renforcer aussi les entreprises européennes du cloud, les logiciels, la cybersécurité et les équipements.

L’État et la filière ont signé le 7 juillet un contrat stratégique à l’horizon 2030 intégrant pour la première fois France Datacenter. Le document place la souveraineté, la résilience, les compétences et le développement territorial parmi ses priorités. Son succès devra être mesuré par des commandes réellement attribuées aux acteurs français et européens.

Les 210 milliards représentent une occasion industrielle, pas une victoire acquise. La France possède l’électricité, le foncier et les compétences nécessaires pour accueillir une partie de la croissance mondiale de l’intelligence artificielle. Elle ne gagnera réellement que si cette infrastructure soutient une chaîne de valeur française et européenne au lieu de renforcer exclusivement la domination technologique de groupes étrangers.

Sources

  • Rexecode — Data centers en France, une fenêtre d’opportunité à ne pas manquer — 21 juillet 2026 — rexecode.fr
  • RTE — Les data centers en chiffres clés — consultation du 27 juillet 2026 — rte-france.com
  • Direction générale des Entreprises — Consultation sur la stratégie nationale pour le cloud — 26 mai 2026 — entreprises.gouv.fr
  • Direction générale des Entreprises — Contrat stratégique des infrastructures numériques à l’horizon 2030 — 9 juillet 2026 — entreprises.gouv.fr
  • Commission de régulation de l’énergie — Raccordement accéléré des consommateurs de très forte puissance — 7 mai 2025, mise à jour du 22 janvier 2026 — cre.fr
  • ADEME — Perspectives de consommation électrique des centres de données — 6 janvier 2026 — ademe.fr
  • Présidence de la République — Investissement de SoftBank dans les infrastructures françaises d’intelligence artificielle — 1er juin 2026 — elysee.fr
  • Le Monde — La France tente de rester dans la course mondiale aux data centers — 25 juillet 2026 — lemonde.fr

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