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AliExpress sanctionné de 550 millions d’euros, l’amende changera-t-elle vraiment les produits vendus ?

La Commission européenne a infligé une amende record de 550 millions d’euros à AliExpress pour des défaillances dans la prévention des ventes de produits illégaux, dangereux ou contrefaits. La sanction sera réellement utile si elle entraîne des retraits plus rapides, des vendeurs mieux contrôlés et des rappels efficaces.

Publié le 20 juillet 20264 min de lectureMedia90
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La Commission européenne a infligé, lundi 20 juillet 2026, une amende de 550 millions d’euros à AliExpress. Elle reproche à la plateforme chinoise de ne pas avoir correctement évalué et réduit les risques liés à la vente de produits illégaux, dangereux ou contrefaits dans l’Union européenne. Il s’agit de la sanction la plus élevée prononcée jusqu’à présent au titre du règlement sur les services numériques, appelé Digital Services Act ou DSA.

Bruxelles ne condamne pas AliExpress parce que chaque article disponible serait illégal. La décision vise des défaillances générales dans l’organisation de la plateforme, ses contrôles, ses moyens de détection et les mesures appliquées aux vendeurs qui enfreignent les règles. La Commission cite notamment les vêtements contrefaits, les jouets présentant des risques et les produits cosmétiques dangereux.

Une amende qui sanctionne des défaillances anciennes

L’enquête européenne a été ouverte en mars 2024. En juin 2025, la Commission avait déjà estimé qu’AliExpress ne faisait pas suffisamment pour limiter la diffusion de produits illégaux. La plateforme avait alors proposé plusieurs engagements, devenus juridiquement contraignants.

AliExpress devait notamment renforcer la vérification de ses vendeurs, améliorer le traitement des signalements, sanctionner davantage les commerçants utilisant de fausses annonces et permettre aux chercheurs d’étudier les risques présents sur la plateforme. Un contrôleur indépendant devait suivre l’application de ces engagements pendant cinq ans.

L’amende annoncée en juillet 2026 vise principalement des comportements constatés jusqu’en juin 2025. AliExpress estime que son montant est disproportionné et affirme avoir investi des moyens importants dans la sécurité des produits et la protection des consommateurs. L’entreprise étudie les recours disponibles.

L’amende ne retire pas automatiquement les produits

Le versement de 550 millions d’euros ne fait pas disparaître directement une annonce dangereuse. Son effet immédiat est financier et juridique. La protection concrète dépendra des mesures correctives imposées à la plateforme.

AliExpress doit présenter avant le 20 octobre un plan expliquant comment elle compte remédier aux manquements. La Commission pourra ensuite vérifier si les outils de détection, les effectifs de contrôle, les sanctions contre les vendeurs et les procédures de retrait sont réellement améliorés.

Pour être visible par les consommateurs, le changement devra produire des résultats simples. Les vendeurs récidivistes devront être exclus, les annonces illégales retirées rapidement et les acheteurs avertis lorsqu’un produit déjà livré présente un danger. Le DSA prévoit qu’une place de marché informée de la vente d’un produit illégal doit identifier le vendeur, prévenir les clients concernés et leur proposer des moyens de recours.

Le principal risque serait qu’AliExpress paie l’amende sans modifier profondément ses pratiques. Les produits supprimés pourraient réapparaître sous un autre nom, dans une autre catégorie ou depuis un nouveau compte. La surveillance devra donc porter sur l’efficacité du système et non seulement sur le nombre d’annonces retirées.

Un problème qui dépasse AliExpress

En 2024, environ 4,6 milliards de colis d’une valeur inférieure ou égale à 150 euros sont entrés dans l’Union européenne. Cela représentait environ douze millions de colis par jour, soit deux fois plus que l’année précédente. La Commission reconnaissait qu’un grand nombre de ces produits ne respectaient pas les règles européennes.

Le système européen Safety Gate a enregistré 4 671 alertes concernant des produits dangereux en 2025. Les cosmétiques représentaient 36 % des alertes, les jouets 16 % et les appareils électriques 11 %. Les autorités nationales ont engagé 5 794 actions de suivi, comprenant des retraits, des rappels et des suppressions d’annonces.

Ces chiffres ne concernent pas uniquement AliExpress. Ils montrent que la sanction d’une plateforme ne peut pas remplacer les contrôles douaniers, les tests de produits et la coopération entre les autorités nationales.

Depuis le 1er juillet 2026, un droit de douane temporaire de trois euros s’applique à certaines catégories de produits contenus dans les colis de faible valeur provenant de pays extérieurs à l’Union. Cette mesure vise notamment à réduire l’avantage dont bénéficiaient certains vendeurs étrangers. Elle ne constitue toutefois pas un contrôle de sécurité et ne garantit pas la conformité des articles.

Bruxelles peut imposer ses règles aux entreprises étrangères

Le DSA s’applique aux services proposés aux personnes installées dans l’Union, quel que soit le pays dans lequel se trouve le fournisseur. Une entreprise chinoise ou américaine ne peut donc pas échapper aux règles européennes lorsqu’elle cible directement le marché européen.

La Commission peut imposer une amende allant jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel mondial de l’entreprise concernée. Elle peut aussi réclamer des données, contrôler les algorithmes et imposer des astreintes pouvant atteindre 5 % du chiffre d’affaires quotidien mondial pour chaque jour de retard dans l’application de mesures correctives. Dans les situations les plus graves, une restriction temporaire du service peut être demandée à un juge.

Le droit européen fournit donc de véritables moyens de pression. Leur efficacité dépend toutefois de la rapidité des enquêtes, de la capacité à vérifier les engagements et de la volonté politique d’appliquer les sanctions jusqu’au bout.

L’amende protège les commerçants européens en rappelant que les plateformes étrangères ne doivent pas gagner des parts de marché en contournant les normes imposées aux entreprises locales. Elle protégera réellement les consommateurs uniquement si elle transforme durablement les produits accessibles, les contrôles réalisés et les recours proposés aux acheteurs.

Sources

  • Commission européenne - Décision du 20 juillet 2026 infligeant une amende de 550 millions d’euros à AliExpress.
  • Commission européenne - Engagements rendus contraignants en juin 2025 concernant les vendeurs, les signalements et la traçabilité.
  • Commission européenne - Pouvoirs d’enquête, amendes, astreintes et restrictions prévus par le DSA.
  • Commission européenne - Rapport Safety Gate sur les produits dangereux détectés en 2025.
  • Associated Press - Réaction d’AliExpress, calendrier du plan correctif et contexte de la sanction.
  • Reuters - Contestations formulées par AliExpress sur le caractère proportionné de l’amende.

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