Media90
ActualitésÉconomie

Pétrochimie française, une chute de 11 % qui révèle une fragilité durable

L’activité pétrochimique française a reculé de 11 % en 2025, avec seulement 5,3 millions de tonnes de matières premières consommées. La baisse atteint désormais 32 % depuis 2021, tandis que les cinq vapocraqueurs encore actifs ont nettement moins fonctionné.

Publié le 23 juillet 20265 min de lectureMedia90
Illustration de l'article : Pétrochimie française, une chute de 11 % qui révèle une fragilité durable

L’activité de la pétrochimie française a reculé de 11 % en 2025, selon les données publiées jeudi 23 juillet par le service statistique du ministère de la Transition écologique. Les installations ont consommé 5,3 millions de tonnes de matières premières pétrolières, soit 32 % de moins qu’en 2021.

Les cinq vapocraqueurs encore en fonctionnement ont également été beaucoup moins sollicités. Leur facteur de service est tombé à 67 %, contre 90 % en 2024. Le recul s’explique notamment par l’arrêt définitif du vapocraqueur de Port-Jérôme-Gravenchon, mais aussi par une utilisation réduite des capacités restantes.

Une industrie située au début de nombreuses chaînes de production

La pétrochimie transforme le pétrole ou le gaz naturel en composés chimiques utilisés en aval du raffinage. Les installations françaises produisent notamment de l’éthylène, du propylène, du butadiène, du benzène, du toluène et des xylènes. Ces grands intermédiaires alimentent ensuite de nombreuses activités chimiques et industrielles.

Le vapocraquage constitue l’une des premières étapes de cette transformation. Des matières comme le naphta sont chauffées à très haute température afin de séparer les molécules et de fabriquer les composants de base utilisés dans les chaînes de production chimiques.

La baisse de la quantité de matières premières consommées ne mesure pas directement chaque tonne de produit fini. Elle constitue toutefois un indicateur solide de l’activité de la pétrochimie dite de premier niveau. Lorsque les vapocraqueurs fonctionnent moins, l’ensemble des sites situés en aval peut devenir davantage dépendant de produits intermédiaires importés.

Une baisse devenue structurelle

La chute de 2025 ne constitue pas un incident isolé. Après un niveau historiquement faible en 2022, l’activité avait légèrement rebondi en 2023, avant de reculer de nouveau de 4 % en 2024. La consommation de matières premières était déjà inférieure de 24 % à celle de 2021 avant la nouvelle baisse enregistrée l’an dernier.

Le passage à seulement cinq vapocraqueurs actifs réduit également la capacité du pays à absorber les arrêts de maintenance ou les difficultés rencontrées sur un site. La fermeture de Carling-Saint-Avold avait déjà provoqué une baisse de 7,2 % de l’activité en 2016. Celle de Port-Jérôme-Gravenchon produit désormais un effet comparable dans un appareil industriel encore plus réduit.

Le recul français s’inscrit dans une crise européenne plus large. La production chimique de l’Union européenne a diminué de 15 % entre 2014 et 2024, selon Eurostat. L’Europe a produit 224 millions de tonnes de produits chimiques en 2024, alors qu’elle en a consommé 232 millions.

L’énergie reste au cœur du problème

La chimie est particulièrement exposée au prix de l’énergie. Elle représente environ 30 % du gaz et 20 % de l’électricité consommés par l’industrie française. L’électricité alimente les moteurs, les pompes et les compresseurs, tandis que la chaleur nécessaire aux réactions industrielles provient encore largement du gaz et de sous-produits pétroliers.

France Chimie estime que la production du secteur a diminué de 1,5 % en volume en 2025. Son chiffre d’affaires a reculé de 1,3 % et son excédent commercial de 18 %. Les activités situées en amont, dont la chimie organique et minérale, figurent parmi les plus fragilisées.

La concurrence ne repose pas seulement sur la qualité technique ou la productivité des salariés. Les producteurs américains bénéficient d’un gaz moins cher, tandis que la Chine dispose de capacités considérables et représentait 46 % du marché chimique mondial en 2024 selon France Chimie. L’Europe supporte parallèlement des coûts énergétiques, réglementaires et d’investissement plus élevés.

Une aide de 150 millions d’euros encore temporaire

Face à la hausse des coûts, le gouvernement a annoncé en mai la mobilisation de près de 150 millions d’euros au titre de la compensation des coûts indirects du carbone. L’objectif est de réduire la facture électrique des industriels de la chimie exposés à la concurrence internationale.

Le dispositif doit bénéficier à une centaine de sites dans la chimie et les engrais. Il porte sur les dépenses énergétiques de 2025 et doit être versé en 2026. Le gouvernement précise cependant que sa reconduction en 2027 et les années suivantes n’est pas encore décidée.

Cette aide peut éviter des arrêts immédiats, mais elle ne constitue pas une politique industrielle complète. Une entreprise ne décide pas de moderniser un vapocraqueur pour plusieurs décennies sur la base d’un soutien valable une seule année.

Produire en France ou importer ailleurs

Une baisse de la pétrochimie n’est pas nécessairement négative lorsqu’elle accompagne le recyclage, la réduction des plastiques inutiles ou le développement de matières biosourcées. La transition doit diminuer la dépendance aux hydrocarbures et encourager des procédés moins polluants.

Mais fermer une installation française sans réduire la demande déplace simplement la production vers d’autres pays. La France importe alors les composants dont son industrie a toujours besoin, avec moins de contrôle sur les procédés, les émissions, les conditions sociales et la sécurité des approvisionnements.

La Commission européenne considère désormais la chimie comme un secteur critique. Elle rappelle que 96 % des biens manufacturés dépendent de produits chimiques et prépare des actions spécifiques pour moderniser les vapocraqueurs et les usines d’ammoniac avant la fin de 2026.

La France doit donc distinguer les capacités devenues inutiles de celles qui restent stratégiques. La chute de 11 % enregistrée en 2025 montre que cette sélection est déjà en cours, mais qu’elle se fait aujourd’hui davantage par les fermetures et la sous-utilisation que par une stratégie industrielle clairement assumée.

Sources

  • Service des données et études statistiques — L’activité de la pétrochimie en France baisse de 11 % en 2025 — 23 juillet 2026 — statistiques.developpement-durable.gouv.fr
  • Ministère de l’Économie et des Finances — Près de 150 millions d’euros pour protéger l’industrie chimique française — 27 mai 2026 — economie.gouv.fr
  • Assemblée nationale — Réponse sur la compensation carbone dans le secteur de la chimie organique — 7 juillet 2026 — assemblee-nationale.fr
  • Commission européenne — Projet européen consacré à l’industrie chimique — mise à jour consultée le 23 juillet 2026 — commission.europa.eu
  • Eurostat — La production chimique européenne a diminué de 15 % en dix ans — 16 décembre 2025 — ec.europa.eu
  • France Chimie — La chimie en France en 2025 — 16 avril 2026 — francechimie.fr

Articles similaires

Accueil