Media90
ActualitésPolitique

Maladies cardiovasculaires, la nouvelle loi étend le dépistage

La loi créant une stratégie nationale contre les maladies cardio-neuro-vasculaires a été publiée le 28 juillet. Elle élargit le dépistage lors des rendez-vous de prévention, impose un examen autour de six ans et renforce les actions à l’école et au travail, sans créer de financement dédié dans le texte.

Publié le 28 juillet 20265 min de lectureMedia90
Illustration de l'article : Maladies cardiovasculaires, la nouvelle loi étend le dépistage

La loi visant à doter la France d’une stratégie nationale contre les maladies cardio-neuro-vasculaires a été promulguée le 27 juillet et publiée au Journal officiel le 28 juillet. Elle inscrit dans le code de la santé publique une politique pluriannuelle de prévention, de dépistage et d’organisation des soins, avec l’objectif de réduire les inégalités sociales et territoriales.

Le texte modifie concrètement plusieurs étapes de la prévention. Il élargit les dépistages proposés lors des rendez-vous de prévention, crée un examen autour de six ans, autorise pharmaciens et masseurs-kinésithérapeutes à mesurer la pression artérielle et renforce les actions menées à l’école et au travail. La loi ne crée toutefois ni enveloppe budgétaire dédiée ni calendrier précis pour l’adoption de la stratégie nationale.

Une maladie responsable de plus d’un décès sur cinq

Les données les plus complètes disponibles portent sur 2022. Santé publique France recense 1,2 million d’hospitalisations et 140 000 décès liés aux maladies cardio-neuro-vasculaires chez les adultes, soit plus d’un décès sur cinq. Les accidents vasculaires cérébraux ont provoqué plus de 30 000 décès, les cardiopathies ischémiques 31 000 et l’insuffisance cardiaque 25 000.

Une partie importante de ce fardeau peut être réduite par la prévention et une prise en charge plus précoce. Près de 31 pour cent des adultes souffrent d’hypertension, 23 pour cent d’un excès de cholestérol LDL, 17 pour cent d’obésité et 7 pour cent de diabète. Santé publique France estime que 45 pour cent des personnes hypertendues et 23 pour cent des diabétiques de type 2 ignorent leur maladie.

Le problème n’est donc pas seulement l’accès à un traitement après l’accident. Il réside aussi dans la détection tardive de facteurs de risque qui évoluent parfois sans symptôme pendant plusieurs années.

Un dépistage renforcé lors des rendez-vous de prévention

La loi prévoit qu’un dépistage des maladies cardio-neuro-vasculaires et des maladies cardiaques structurelles soit proposé pendant les rendez-vous de prévention organisés à certains âges de la vie. L’évaluation doit être clinique et biologique et tenir compte des risques propres aux femmes.

Les professionnels devront sensibiliser les assurés au tabac, à l’excès d’alcool, à la sédentarité, à l’obésité, au cholestérol, au diabète, à la maladie rénale chronique et à l’hypertension. Ils pourront aussi mettre à disposition des outils de repérage précoce validés scientifiquement, notamment dans l’espace numérique de santé.

Cette approche valorise la responsabilité individuelle. Une personne informée de son risque peut modifier son alimentation, son activité physique ou sa consommation de tabac. Mais la prévention ne peut pas être réduite à une injonction. Elle doit fournir une mesure fiable, une explication compréhensible et un accès rapide au médecin lorsque le résultat est anormal.

Un examen prévu autour de six ans

Un rendez-vous de dépistage précoce devra être réalisé dans l’année suivant le sixième anniversaire de l’enfant. La loi vise notamment l’hypercholestérolémie familiale, une maladie génétique pouvant entraîner un taux de cholestérol très élevé dès l’enfance. Le médecin devra être spécialement formé et le carnet de santé mentionnera soit la réalisation du dépistage, soit le refus du parent.

Cette mesure peut permettre d’identifier plus tôt des enfants exposés à un risque élevé. Son application dépendra toutefois de la disponibilité des médecins formés, du contenu exact de l’examen et de la capacité à organiser une consultation de suivi.

Une obligation qui reste uniquement inscrite dans la loi ne protège personne. Les pouvoirs publics devront publier rapidement les textes d’application et éviter que les familles soient renvoyées vers des délais incompatibles avec l’objectif de prévention.

Pharmacies, écoles et entreprises davantage mobilisées

Les pharmaciens et les masseurs-kinésithérapeutes pourront mesurer la pression artérielle dans une démarche de prévention. Cette extension peut faciliter le repérage des personnes qui consultent rarement un médecin. Elle ne transforme pas ces professionnels en cardiologues et ne remplace pas le diagnostic médical nécessaire en cas de valeur anormale.

Les services de prévention et de santé au travail devront organiser des actions annuelles de sensibilisation et pourront proposer un dépistage lors de la visite de mi-carrière. Des associations agréées, des étudiants en santé, des mutuelles ou des organismes de prévoyance pourront participer aux actions.

À l’école, une information annuelle sur les facteurs de risque devra être organisée dès l’élémentaire selon des modalités fixées par décret. La prévention peut être utile si elle reste adaptée à l’âge et centrée sur des habitudes simples. Elle ne doit pas devenir une accumulation de séances obligatoires mal coordonnées avec les apprentissages fondamentaux.

Une stratégie nationale encore à construire

La loi impose à l’État d’arrêter une stratégie pluriannuelle avec les chercheurs, les professionnels et les usagers. Elle ne fixe pas sa date de publication, son montant ni les effectifs nécessaires. Le vote crée donc un cadre et des obligations, mais pas encore un programme opérationnel complet.

Ce choix peut se défendre. Les dépenses seront précisées dans les budgets de la Sécurité sociale, de l’État et des organismes concernés. Il comporte aussi un risque classique, multiplier les objectifs sans dégager les moyens ou sans supprimer des actions moins efficaces.

Le texte prévoit un rapport au Parlement dans un délai de trois ans. Celui-ci devra indiquer le nombre de personnes dépistées, le coût des actions, les économies sur les hospitalisations, les traitements, les transports sanitaires et les indemnités journalières, ainsi que les éventuels gains de productivité.

Cette évaluation est essentielle. Le nombre de brochures distribuées ou de tensions mesurées ne suffira pas. Il faudra vérifier combien de maladies ont été détectées, combien de patients ont été pris en charge et si les écarts entre territoires ont réellement diminué.

La prévention doit produire des résultats mesurables

Les communes défavorisées enregistrent une incidence des hospitalisations cardio-neuro-vasculaires supérieure de 30 pour cent à celle des communes les plus favorisées. L’écart atteint 60 pour cent pour l’insuffisance cardiaque et certaines maladies artérielles. La nouvelle stratégie devra donc concentrer les moyens sur les territoires où la mortalité et le retard de diagnostic sont les plus élevés.

La loi répond à un problème sanitaire majeur et donne une base juridique plus cohérente à la prévention. Elle ne garantit pas à elle seule une baisse des décès. Le véritable test commencera avec les décrets, la stratégie nationale, la disponibilité des professionnels et les premiers résultats mesurés.

Une politique de prévention efficace peut réduire la souffrance, les hospitalisations et les dépenses futures. Elle doit pour cela éviter deux écueils, sous-financer les mesures votées ou dépenser sans vérifier leur effet. La nouvelle loi impose désormais à l’État de démontrer que les dépistages supplémentaires conduisent réellement à des diagnostics précoces et à une meilleure santé.

Sources

  • Légifrance — Loi visant à doter la France d’une stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires — 27 juillet 2026, publiée le 28 juillet 2026 — legifrance.gouv.fr
  • Assemblée nationale — Dossier législatif sur la prévention cardio-neuro-vasculaire — mise à jour le 28 juillet 2026 — assemblee-nationale.fr
  • Santé publique France — Les maladies cardiovasculaires en France, un impact majeur et des inégalités persistantes — 4 mars 2025 — santepubliquefrance.fr
  • Sénat — Stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires — dossier consulté le 28 juillet 2026 — senat.fr

Articles similaires

Accueil