Armée de Terre, Jacques de Montgros prend les commandes de la haute intensité
Jacques de Montgros a pris le commandement de l’armée de Terre le 26 juillet, un mois après la publication de sa nomination. Ancien directeur du renseignement militaire, il doit poursuivre la préparation au combat de haute intensité tout en renforçant les effectifs, la formation et la disponibilité réelle des matériels.

Jacques de Montgros a pris le commandement de l’armée de Terre dimanche 26 juillet, lors de la cérémonie du Triomphe à Saint-Cyr Coëtquidan. Il succède au général Pierre Schill, en fonction depuis 2021. Sa nomination n’est pas une annonce de dernière minute, le décret avait été signé le 24 juin et publié le lendemain. L’information nouvelle est son entrée effective en fonctions et son élévation au rang de général d’armée.
Ancien directeur du renseignement militaire, il arrive à la tête des forces terrestres avec une priorité officiellement affichée, préparer l’armée aux défis futurs et la maintenir prête à remplir les missions confiées par la France. Cette formule devra se traduire en résultats concrets, notamment dans la préparation au combat de haute intensité, l’intégration du renseignement et des drones, la formation des soldats et la disponibilité des matériels.
Une carrière mêlant terrain, commandement et renseignement
Né en 1969, Jacques Langlade de Montgros a intégré Saint-Cyr en 1988 avant de rejoindre l’arme blindée cavalerie. Il a servi au 1er régiment de hussards parachutistes et au 2e régiment de dragons, avec des engagements en Bosnie, au Rwanda, au Tchad et en République centrafricaine.
Il a commandé le 1er régiment de hussards parachutistes entre 2010 et 2012, puis la 11e brigade parachutiste de 2019 à 2021. Il a ensuite dirigé la mission de formation de l’Union européenne en République centrafricaine avant d’être nommé directeur du renseignement militaire en 2022.
Ce parcours associe expérience opérationnelle, commandement de grandes unités et connaissance des menaces étrangères. Il ne garantit pas à lui seul la réussite de son mandat, mais il correspond aux besoins d’une armée confrontée à des conflits où la détection, la vitesse d’analyse et la capacité à tromper l’adversaire deviennent aussi importantes que la puissance de feu.
Le chef de l’armée de Terre prépare les forces
Le chef d’état-major de l’armée de Terre, appelé CEMAT, ne décide pas seul des opérations militaires françaises. Celles-ci relèvent du chef d’état-major des armées sous l’autorité du pouvoir politique. Le CEMAT conseille le chef d’état-major des armées pour les questions terrestres et assure la préparation opérationnelle des unités placées sous son autorité.
Ses responsabilités couvrent l’entraînement, le recrutement, la formation, la discipline, le moral, les besoins en équipements et une partie du maintien en condition opérationnelle. Il doit donc transformer les orientations politiques et les crédits votés en forces capables de partir, de durer et de combattre.
Cette distinction est essentielle. Un nouveau blindé commandé ne renforce pas immédiatement un régiment. Il faut le livrer, former les équipages, disposer des pièces de rechange, adapter les doctrines et organiser l’entraînement collectif. La capacité militaire se mesure au matériel disponible et maîtrisé, non au nombre de contrats signés.
La haute intensité reste l’épreuve centrale
Le mandat de Pierre Schill a été marqué par la réorganisation de la chaîne de commandement terrestre et la préparation à des affrontements plus durs, plus longs et menés avec des alliés. Jacques de Montgros hérite de cette transformation plutôt que d’une page blanche.
L’exercice ORION 2026 a mobilisé jusqu’à 12 500 militaires, 1 800 véhicules tactiques, 140 aéronefs et environ 1 200 drones. Son scénario associait combat terrestre, air, mer, cyber, espace et guerre de l’information. Ces chiffres montrent l’ampleur de l’entraînement, mais un exercice ponctuel ne suffit pas à démontrer la capacité de tenir plusieurs mois face à un adversaire comparable.
Le nouveau CEMAT devra préserver le temps d’entraînement malgré les missions permanentes, renforcer les chaînes logistiques et tirer rapidement les leçons des conflits actuels. L’usage massif des drones, la transparence du champ de bataille, le brouillage électronique et la vulnérabilité des postes de commandement imposent des adaptations continues.
Le renseignement doit parvenir jusqu’aux unités
La nomination d’un ancien directeur du renseignement militaire ne signifie pas que l’armée de Terre sera dirigée comme un service secret. Elle peut néanmoins accélérer la circulation des enseignements sur les armées étrangères, les technologies observées et les tactiques employées.
Le véritable enjeu consiste à faire descendre l’information utile jusqu’aux brigades, régiments et écoles. Une analyse stratégique n’a de valeur opérationnelle que si elle modifie un exercice, un équipement, une procédure de camouflage ou une décision de commandement.
Cette culture doit rester compatible avec l’initiative locale. Le commandement par intention développé sous Pierre Schill repose sur un objectif clair fixé par le chef et une liberté laissée aux subordonnés pour l’atteindre. Dans un environnement brouillé ou privé de communications, cette autonomie peut devenir une condition de survie.
Les effectifs seront un test immédiat
L’armée de Terre doit accueillir 1 800 volontaires du nouveau service national à partir de 2026. Le dispositif, volontaire et d’une durée de dix mois, doit monter à 2 400 jeunes en 2027 puis 4 500 en 2030 selon les objectifs actuellement publiés.
Ces volontaires peuvent renforcer le lien entre l’armée et la Nation et fournir des compétences utiles en logistique, cyberdéfense, maintenance ou opérations sur le territoire. Ils ne remplaceront pas des soldats professionnels expérimentés. Leur accueil mobilisera des cadres, des infrastructures et du temps de formation qui devront être prévus sans affaiblir les unités.
Le nouveau chef devra également fidéliser les militaires déjà formés. Recruter davantage produit peu d’effet si les spécialistes quittent rapidement l’institution ou si les régiments manquent de techniciens pour maintenir les équipements.
Le réarmement devra être contrôlé par les résultats
La hausse des moyens de défense répond à une dégradation réelle de l’environnement stratégique. Une armée crédible protège la souveraineté française, soutient les alliances choisies par la France et réduit le risque qu’un adversaire teste sa détermination.
Cette priorité n’autorise pas une dépense sans contrôle. Le Parlement et la Cour des comptes doivent pouvoir suivre les délais, les surcoûts, les stocks, la disponibilité des équipements et le niveau d’entraînement, sans rendre publiques les données qui aideraient un adversaire.
Jacques de Montgros prend donc ses fonctions avec une mission précise. Il doit poursuivre la transformation engagée, mieux intégrer le renseignement au combat terrestre et convertir le réarmement en unités disponibles. Son mandat sera jugé moins sur les discours que sur une question simple, combien de forces la France peut-elle réellement engager, soutenir et renouveler lorsque la crise survient.
Sources
- Ministère des Armées et des Anciens combattants — Le général d’armée Jacques de Montgros prend le commandement de l’armée de Terre — 25 juillet 2026, prise de fonctions le 26 juillet 2026 — defense.gouv.fr
- Légifrance — Décret portant nomination d’officiers généraux — 24 juin 2026, publié le 25 juin 2026 — legifrance.gouv.fr
- Ministère des Armées et des Anciens combattants — Jacques Langlade de Montgros, parcours du directeur du renseignement militaire — consultation du 26 juillet 2026 — defense.gouv.fr
- Légifrance — Code de la défense, attributions des chefs d’état-major — version en vigueur au 19 juillet 2026 — legifrance.gouv.fr
- Ministère des Armées et des Anciens combattants — ORION 2026, le test de haute intensité — 16 juillet 2026 — defense.gouv.fr
- Ministère des Armées et des Anciens combattants — Accomplir son service national dans l’armée de Terre — consultation du 26 juillet 2026 — defense.gouv.fr
- La Dépêche du Midi — Jacques de Montgros succède à Pierre Schill à la tête de l’armée de Terre — 26 juillet 2026 — ladepeche.fr