Ingérences étrangères, le gouvernement veut accélérer le retrait des campagnes de désinformation
Présenté le 22 juillet en Conseil des ministres, un nouveau projet de loi veut accélérer la réponse judiciaire face aux campagnes numériques étrangères massives. Le texte renforce aussi les sanctions contre les atteintes à la sincérité des scrutins et crée un dispositif indépendant d’information du public.

Le gouvernement a présenté mercredi 22 juillet un projet de loi destiné à renforcer la lutte contre les ingérences étrangères dans la vie démocratique. Sa mesure centrale créerait une nouvelle procédure d’urgence permettant à un juge d’ordonner aux hébergeurs et fournisseurs d’accès des mesures destinées à faire cesser certaines campagnes de désinformation en ligne. Le dispositif viserait des opérations délibérées, massives et automatisées lorsqu’elles menacent gravement et de manière imminente les intérêts fondamentaux de la France.
Le texte durcirait également les sanctions applicables aux atteintes à la sincérité des scrutins. La peine maximale passerait d’un à trois ans d’emprisonnement et l’amende de 15 000 à 45 000 euros. Une circonstance aggravante porterait la peine encourue à six ans lorsque l’infraction serait commise afin de servir une puissance étrangère, une organisation étrangère ou une structure placée sous contrôle étranger.
Une procédure qui dépasserait le seul cadre électoral
La principale nouveauté réside dans le champ du futur référé. Le mécanisme présenté par l’exécutif ne serait pas limité aux semaines précédant une élection. Il pourrait être mobilisé lorsqu’une campagne numérique étrangère menace gravement l’indépendance nationale, l’intégrité du territoire, la sécurité du pays, la forme républicaine des institutions ou la sauvegarde de la population en France et à l’étranger.
Le président d’un tribunal judiciaire spécialement désigné pourrait être saisi par le ministère public ou par une personne justifiant d’un intérêt à agir. Le juge pourrait imposer aux intermédiaires techniques des mesures nécessaires et proportionnées pour interrompre la diffusion. Une voie d’appel serait prévue et la décision pourrait ensuite être modifiée ou retirée selon la même procédure. Le gouvernement affirme que le contrôle judiciaire doit garantir la proportionnalité de la réponse.
Cette extension marque un changement important. Depuis 2018, le code électoral prévoit déjà un référé contre certaines informations inexactes ou trompeuses diffusées de manière délibérée, artificielle ou automatisée et massive pendant les trois mois précédant des élections générales. Le juge doit statuer sous quarante-huit heures. Le Conseil constitutionnel avait toutefois posé une garantie forte en exigeant que le caractère inexact ou trompeur de l’information et le risque pour la sincérité du scrutin soient manifestes.
Le nouveau projet élargirait aussi ce référé électoral à l’ensemble des scrutins politiques. Le détail exact de cette extension devra être examiné lors du dépôt du texte au Parlement. Le compte rendu du Conseil des ministres présente les objectifs généraux, mais ne permet pas encore d’évaluer chaque formulation juridique.
Une menace documentée avant la présidentielle
Le besoin d’une réponse plus rapide ne repose pas seulement sur une hypothèse. Viginum, le service français chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, a indiqué en juin avoir identifié quatre opérations visant les élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Le service estime qu’aucun grand rendez-vous électoral ou référendaire français n’a échappé à des tentatives de manipulation étrangère depuis l’élection présidentielle de 2017.
La difficulté ne consiste plus seulement à repérer une information fausse isolée. Les opérations modernes peuvent combiner des milliers de comptes, des contenus générés ou modifiés par intelligence artificielle, des influenceurs, plusieurs plateformes et des techniques destinées à tromper les systèmes de recommandation. Un rapport parlementaire publié en décembre 2025 souligne que ces campagnes sont devenues plus difficiles à détecter et que les élections constituent des périodes particulièrement exposées.
La protection de l’élection présidentielle de 2027 constitue donc l’arrière-plan évident du projet. Renforcer la capacité de réaction de l’État relève de la souveraineté nationale. Une démocratie ne peut accepter qu’une puissance étrangère achète artificiellement de la visibilité, fabrique de faux mouvements d’opinion ou perturbe un scrutin sans disposer d’une réponse rapide.
Une commission chargée d’informer le public
Le Conseil des ministres a également présenté un décret créant une commission indépendante d’information du public en période électorale. Elle recevrait les signalements des administrations compétentes, caractériserait les menaces et pourrait informer les candidats, les partis, le public ou l’autorité judiciaire.
La commission serait composée d’un membre du Conseil d’État, d’un magistrat de la Cour de cassation et d’un magistrat de la Cour des comptes. Son activité commencerait au plus tôt six mois avant le premier tour d’un scrutin et se poursuivrait jusqu’au premier jour du deuxième mois suivant l’établissement du résultat. Son secrétariat serait assuré par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale.
Cette séparation entre la détection technique, l’information publique et la décision judiciaire est utile. Elle limite le risque qu’un ministère puisse décider seul qu’un contenu doit disparaître. La crédibilité du système dépendra néanmoins de la transparence des critères utilisés pour qualifier une ingérence, de la motivation des décisions et de la possibilité d’un recours réellement rapide.
Protéger la Nation sans créer un ministère de la vérité
Le danger des ingérences étrangères est documenté. Il serait irresponsable de laisser les plateformes, souvent étrangères elles aussi, arbitrer seules la protection du débat français. L’État doit pouvoir identifier les opérations coordonnées, exposer leur origine et saisir rapidement la justice lorsque les intérêts fondamentaux du pays sont menacés.
Mais une information contestable, orientée ou simplement hostile au gouvernement ne constitue pas automatiquement une ingérence étrangère. Le futur texte devra maintenir des seuils élevés, notamment le caractère manifestement trompeur, l’automatisation, la diffusion massive, l’intention délibérée et l’existence d’une menace grave et imminente. Sans critères cumulatifs et contrôlables, un outil légitime de souveraineté pourrait nourrir la défiance qu’il cherche précisément à combattre.
Le Parlement devra donc juger le texte selon deux critères concrets. Le premier sera sa capacité à neutraliser rapidement une opération étrangère authentifiée. Le second sera sa capacité à protéger intégralement les opinions, les enquêtes journalistiques, la satire, les erreurs de bonne foi et les controverses politiques ordinaires.
Une démocratie forte ne choisit pas entre souveraineté et liberté d’expression. Elle protège les deux par des règles précises et par un juge indépendant.
Sources
- Présidence de la République — Compte rendu du Conseil des ministres du mercredi 22 juillet 2026 — 22 juillet 2026 — elysee.fr
- Viginum et Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale — Bilan des ingérences numériques étrangères ayant ciblé les élections municipales de mars 2026 — 11 juin 2026 — sgdsn.gouv.fr
- Légifrance — Article L163-2 du code électoral — version en vigueur consultée le 22 juillet 2026 — legifrance.gouv.fr
- Assemblée nationale — Rapport sur l’irruption de l’intelligence artificielle dans les ingérences étrangères — 3 décembre 2025 — assemblee-nationale.fr