France 99e au Global Peace Index : ce que révèle vraiment ce classement
Le Global Peace Index 2026 place la France au 99e rang sur 163 pays, entre la Tanzanie et le Gabon. Le résultat confirme une dégradation de la sécurité intérieure, mais il est aussi lourdement influencé par la puissance militaire et les engagements internationaux français.

La France occupe la 99e place sur 163 pays dans le Global Peace Index 2026, avec un score de 2,083. Elle apparaît immédiatement derrière la Tanzanie, 98e avec 2,080, et devant le Gabon, 100e avec 2,086. Le classement est donc authentique et place la France dans la seconde moitié du tableau mondial. Elle est également présentée comme le pays le moins pacifique d’Europe occidentale et centrale.
Mais l’expression largement reprise de « 99e pays le plus sûr du monde » est imprécise. Le Global Peace Index, publié par l’Institute for Economics & Peace, mesure le niveau général de paix d’un État. Il ne compare pas uniquement les agressions, les cambriolages ou la probabilité d’être attaqué dans la rue.
Un classement 2026 fondé principalement sur l’année 2025
La première confusion concerne la date. Le chiffre de la 99e place provient du rapport publié en juin 2026. La plupart de ses indicateurs utilisent des données collectées en 2025, mais certains portent sur plusieurs années antérieures en raison des délais statistiques.
L’édition 2025 du même classement plaçait la France au 74e rang, juste derrière la Tanzanie, alors classée 73e, et devant le Paraguay. Comparer directement les deux publications donne donc l’impression d’une chute de 25 places.
Cette comparaison doit être nuancée. Le tableau de l’édition 2026 indique lui-même que la France a gagné trois places par rapport à la série précédente recalculée par l’institut. Les données historiques et certaines évaluations sont révisées lorsque de nouvelles informations deviennent disponibles. Le score publié une année n’est donc pas toujours parfaitement comparable avec celui réutilisé l’année suivante.
Le classement reste préoccupant, mais il serait excessif d’affirmer que la France aurait objectivement perdu 25 places en douze mois selon une méthodologie strictement identique.
Le Global Peace Index ne mesure pas seulement l’insécurité
L’indice repose sur 23 indicateurs répartis en trois grands domaines : la sûreté et la sécurité de la société, les conflits nationaux ou internationaux et le niveau de militarisation. La paix intérieure représente 60 % du résultat final, contre 40 % pour la paix extérieure.
La première catégorie comprend notamment les homicides, la criminalité violente, le sentiment d’insécurité, les manifestations violentes, l’accès aux armes, l’incarcération, le terrorisme et l’instabilité politique.
Les deux autres catégories comptent les conflits menés à l’étranger, les dépenses militaires, les effectifs des armées, les armes lourdes ou nucléaires, les exportations d’armement et les relations avec les pays voisins.
Une puissance nucléaire disposant d’une armée importante et intervenant à l’extérieur peut donc être moins bien classée qu’un pays pauvre doté de capacités militaires réduites, même lorsque ses institutions ou ses services publics sont plus solides. La place située entre la Tanzanie et le Gabon ne signifie pas que les conditions quotidiennes y seraient identiques.
La militarisation pénalise lourdement la France
La France obtient l’un des plus mauvais résultats mondiaux dans le domaine de la militarisation. Son armée professionnelle, sa dissuasion nucléaire, ses capacités conventionnelles, ses exportations d’armes et ses engagements extérieurs dégradent mécaniquement son score.
Le rapport la décrit comme le pays le plus militarisé d’Europe occidentale et centrale. Ce critère explique une partie considérable de son mauvais classement général. Une politique de défense moins ambitieuse améliorerait probablement sa position, sans rendre nécessairement les Français plus en sécurité.
Cette faiblesse méthodologique doit être comprise : l’indice confond dans un même résultat la sécurité quotidienne du citoyen et la puissance stratégique de son État. Or ces deux dimensions peuvent même être contradictoires. Une armée puissante peut dégrader le score de « paix » tout en protégeant la souveraineté nationale.
La Tanzanie et le Gabon ne sont donc pas automatiquement plus sûrs que la France dans tous les domaines. Ils obtiennent simplement un score global voisin après addition d’indicateurs très différents.
La dégradation de la sécurité intérieure reste réelle
Cette réserve ne doit pas servir à nier les problèmes français. Le rapport observe une détérioration de 2 % du domaine « sûreté et sécurité », provoquée par une aggravation de la criminalité violente et de sa perception. Il affirme que plus d’un quart des Français interrogés ne se sentent pas en sécurité lorsqu’ils marchent seuls la nuit.
Les données françaises publiées par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure vont partiellement dans le même sens. En 2025, les violences physiques enregistrées par la police et la gendarmerie ont augmenté de 5 %. Les violences sexuelles ont progressé de 8 %, les viols ou tentatives de viol de 9 % et les tentatives d’homicide de 4 %. Le nombre d’homicides est en revanche resté stable, avec 975 victimes.
Le bilan n’est pas uniformément négatif. Les vols avec armes ont diminué de 8 %, les cambriolages de logements de 3 %, et les vols de véhicules ou dans les véhicules de 9 %. L’année 2025 confirme donc une évolution déjà observée : les atteintes aux personnes augmentent tandis que plusieurs atteintes aux biens reculent.
Le sentiment d’insécurité ne peut pas davantage être réduit à une invention médiatique. En 2024, 36,5 % des femmes âgées de 18 à 29 ans déclaraient se sentir parfois ou souvent en insécurité dans leur quartier ou leur village. Près de 45 % renonçaient parfois à sortir seules pour des raisons de sécurité.
Un signal politique que le gouvernement ne peut écarter
Le rang exact de 99e ne constitue pas une mesure scientifique absolue. L’institut reconnaît que les résultats dépendent du poids attribué à chaque indicateur : environ 70 % des comparaisons entre pays demeurent identiques lorsque les pondérations sont modifiées, ce qui signifie qu’une partie du classement reste sensible aux choix méthodologiques.
L’écart entre la France, la Tanzanie et le Gabon n’est d’ailleurs que de quelques millièmes. Il serait absurde d’en tirer une hiérarchie définitive entre trois sociétés très différentes.
Mais le gouvernement aurait tort de ne retenir que ces limites. La dernière place française au sein de l’Europe occidentale traduit aussi des faiblesses concrètes : progression des violences, tensions sociales, perception croissante de la criminalité et instabilité politique.
La France n’est pas devenue un pays en guerre ni un territoire comparable en tout point à des États aux niveaux de développement très différents. Elle reste toutefois anormalement mal placée pour une grande démocratie européenne disposant d’une police, d’une justice et d’une dépense publique parmi les plus importantes du continent.
La réponse sérieuse consiste à distinguer deux priorités. La France doit conserver les capacités militaires nécessaires à sa souveraineté, même si celles-ci dégradent artificiellement son rang. Elle doit simultanément restaurer l’ordre intérieur par une présence policière visible, une justice plus rapide, l’exécution des peines et une lutte plus efficace contre les violences.
Le Global Peace Index ne prouve pas à lui seul que la France serait le 99e pays le plus sûr du monde. Il montre en revanche qu’elle cumule une forte militarisation et une dégradation préoccupante de sa sécurité intérieure. La première peut relever d’un choix stratégique assumé. La seconde constitue un échec politique.
Sources
- Institute for Economics & Peace, Global Peace Index 2026, classement, méthodologie et analyse de la France.
- Institute for Economics & Peace, Global Peace Index 2025, classement antérieur de la France.
- Ministère de l’Intérieur, bilan statistique de l’insécurité et de la délinquance en 2025.
- Insee et SSMSI, données sur le sentiment d’insécurité en 2024.
- Le Parisien, analyse des limites méthodologiques et médiatiques du classement.