Arabie saoudite, un chercheur français détenu depuis deux ans sous accusations de terrorisme
Une enquête publiée le 25 juillet apporte de nouveaux éléments sur Amr Abdelfattah, chercheur français détenu en Arabie saoudite depuis le 16 juin 2024. Arrêté après un contrôle de permis pendant le pèlerinage, il est désormais poursuivi devant une juridiction spécialisée et affirme avoir subi des violences en détention.

Une enquête publiée samedi 25 juillet apporte de nouveaux détails sur la situation d’Amr Abdelfattah, chercheur français de 41 ans détenu en Arabie saoudite depuis le 16 juin 2024. L’affaire elle-même n’est pas nouvelle. Human Rights Watch l’avait documentée en décembre 2025 et Amnesty International en juin 2026. Les nouveaux éléments concernent notamment les accusations retenues, les audiences, les visites consulaires et les violences que le détenu affirme avoir subies.
Postdoctorant en informatique à Sorbonne Université et père de trois enfants, Amr Abdelfattah avait été contrôlé à La Mecque alors qu’il participait au pèlerinage avec un permis invalide. Sa famille affirme que le couple avait été trompé par un intermédiaire promettant une autorisation régulière. Ce qui devait relever d’une infraction administrative a ensuite été complété par des accusations d’atteinte au gouvernement et d’éloge de personnes poursuivies, examinées par la juridiction saoudienne spécialisée dans les affaires de terrorisme.
Un contrôle de permis devenu une affaire antiterroriste
Les règles saoudiennes imposent un permis spécifique pour accéder au pèlerinage. Pour la saison 2026, les autorités ont annoncé une amende pouvant atteindre 20 000 riyals, une expulsion et une interdiction de retour de dix ans pour certains étrangers surpris sans autorisation. Cette règle officielle montre la sévérité du contrôle, mais elle ne suffit pas à expliquer deux années de détention ni les qualifications antiterroristes désormais évoquées.
Human Rights Watch indique que le Français a d’abord été poursuivi pour entrée irrégulière à La Mecque, puis pour des propos considérés comme offensants envers le gouvernement et pour avoir fait l’éloge de personnes poursuivies. L’organisation affirme que son procès a commencé en mai 2025 devant la Cour pénale spécialisée, sans avocat lors de la première audience. Ces éléments proviennent de la famille et d’organisations de défense des droits humains. Les autorités saoudiennes n’ont pas rendu publique une version détaillée du dossier permettant d’évaluer les preuves.
Le respect de la souveraineté saoudienne implique de reconnaître le droit du royaume à contrôler l’accès aux lieux saints et à poursuivre les infractions commises sur son territoire. Il n’autorise pas pour autant une procédure opaque, une détention indéfinie ou des accusations insuffisamment précisées. Un État qui qualifie des faits de terroristes doit être capable d’exposer les actes matériels reprochés et de garantir une défense effective.
Des violences alléguées et un état de santé préoccupant
Amr Abdelfattah affirme avoir subi des coups, des périodes d’isolement, des menaces et des humiliations. Selon le récit publié le 25 juillet, il aurait notamment été frappé en mai 2026 après avoir alerté un gardien sur le comportement dangereux d’un codétenu. Sa famille rapporte aussi une hospitalisation après une perte de connaissance liée à des violences antérieures. Ces faits sont des accusations graves qui doivent faire l’objet d’une enquête indépendante.
Human Rights Watch et ALQST avaient déjà signalé des allégations de mauvais traitements, un accès insuffisant aux soins et des restrictions prolongées des contacts familiaux. Amnesty International indique que ses communications ont été interrompues ou limitées lorsqu’il évoquait sa détention et qu’il lui était imposé de parler en arabe avec sa famille afin que les échanges puissent être surveillés.
Aucune condamnation définitive n’est publiquement établie. La présomption d’innocence doit donc s’appliquer, quelle que soit la gravité des qualifications utilisées par le parquet saoudien. Les mauvais traitements allégués ne deviennent pas davantage certains par leur répétition dans plusieurs publications. Ils sont cependant suffisamment cohérents et documentés pour exiger une vérification médicale et judiciaire indépendante.
La protection consulaire a des pouvoirs limités
Selon l’enquête du Monde, le détenu a reçu huit visites consulaires. Les représentants français n’auraient toutefois pas été autorisés à assister aux audiences. Le Quai d’Orsay n’a pas répondu aux sollicitations du journal avant publication.
La protection consulaire permet à la France de chercher des informations sur le lieu de détention, l’état de santé, les motifs d’incarcération et l’évolution de la procédure. Elle ne donne pas aux diplomates le pouvoir d’annuler une décision judiciaire étrangère ou d’imposer une libération. Le ministère rappelle que l’accès aux informations dépend du consentement du détenu, des conventions applicables et de la coopération des autorités locales.
Cette limite juridique ne justifie pas l’inaction lorsqu’un ressortissant français est privé de liberté pendant deux ans et affirme avoir été violenté. Paris peut demander des visites régulières, l’accès à un avocat, des soins médicaux, la présence d’observateurs aux audiences et une clarification formelle des charges. Il peut également inscrire le dossier dans le dialogue bilatéral au niveau ministériel.
Un risque signalé aux voyageurs français
France Diplomatie rappelle que le pèlerinage nécessite un visa et une procédure spécifiques et recommande de respecter strictement les règles locales. Le ministère avertit également les voyageurs d’éviter toute expression que les autorités saoudiennes pourraient considérer comme une atteinte à l’ordre public, y compris sur les réseaux sociaux.
Amnesty International a recensé huit visiteurs étrangers arrêtés entre 2022 et 2025 en raison de publications sur les réseaux sociaux, parfois antérieures à leur arrivée dans le royaume. Cette série ne prouve pas que chaque affaire soit identique, mais elle montre que la frontière entre expression politique et incrimination pénale est particulièrement large en Arabie saoudite.
Paris doit obtenir des résultats vérifiables
La France entretient avec l’Arabie saoudite des relations diplomatiques, économiques et stratégiques importantes. Défendre un ressortissant ne signifie pas rompre cette relation ni nier le droit saoudien. Cela signifie demander des garanties compatibles avec les principes les plus élémentaires d’une justice régulière.
Trois résultats doivent être recherchés immédiatement, un accès permanent à un avocat, une expertise médicale indépendante et des audiences auxquelles la représentation française peut assister. Si les seules charges reposent sur un permis irrégulier et des propos pacifiques, Paris doit demander leur abandon et la libération du chercheur. Si d’autres faits matériels existent, Riyad doit les exposer et permettre leur contestation.
L’affaire était connue avant le 25 juillet. La nouveauté réside dans la précision des témoignages et dans l’identification publique des défaillances alléguées. Après deux ans de détention, Paris doit expliquer les garanties qu’il demande, sans compromettre les démarches diplomatiques qui exigent de la discrétion.
Sources
- Agence de presse saoudienne — Amende pouvant atteindre 20 000 riyals pour le pèlerinage sans permis — 15 mai 2026 — spa.gov.sa
- Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères — Entrée et séjour en Arabie saoudite — mise à jour du 30 juin 2026 — diplomatie.gouv.fr
- Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères — Arrestation ou détention d’un proche à l’étranger — mise à jour du 31 mars 2026 — diplomatie.gouv.fr
- Human Rights Watch — Un ressortissant français détenu au secret en Arabie saoudite — 9 décembre 2025 — hrw.org
- Amnesty International et ALQST — Des visiteurs emprisonnés en raison de publications sur les réseaux sociaux — 29 juin 2026, mise à jour du 17 juillet 2026 — amnesty.org
- Le Monde — Un citoyen français détenu depuis deux ans en Arabie saoudite — 25 juillet 2026 — lemonde.fr