Délinquance : les violences et les vols repartent à la hausse en juin
Après un recul de nombreux indicateurs en mai, la délinquance enregistrée repart à la hausse en juin 2026. Les violences intrafamiliales progressent de 13 % sur un mois, tandis que le dernier trimestre est marqué par davantage de vols violents, de cambriolages et d’homicides.

La majorité des principaux indicateurs de crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie ont augmenté en juin 2026. Les violences physiques intrafamiliales progressent de 13 % sur un mois, tandis que les violences commises hors du cadre familial et les vols avec armes augmentent de 4 %. Cette reprise intervient après un mois de mai marqué par une baisse de presque tous les indicateurs.
Les chiffres publiés le 6 juillet par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, le SSMSI, montrent également que la dégradation ne se limite pas à une fluctuation mensuelle. Entre avril et juin, la majorité des indicateurs sont en hausse par rapport aux trois premiers mois de l’année. Les vols violents sans arme progressent de 10 %, les cambriolages de logements de 7 % et les vols sans violence contre des personnes de 6 %.
Les violences physiques connaissent la plus forte hausse mensuelle
Les forces de sécurité ont enregistré environ 25 200 victimes de violences physiques intrafamiliales en juin, soit une progression de 13 % après une baisse de 6 % en mai. Sur l’ensemble du trimestre, plus de 71 000 victimes ont été comptabilisées, en augmentation de 6 % par rapport à la période de janvier à mars.
Les violences physiques hors du cadre familial augmentent pour leur part de 4 % en juin. Leur progression trimestrielle reste limitée à 1 %, mais les données des douze derniers mois affichent une hausse de 7 %. Le bilan annuel définitif de 2025 avait déjà constaté une augmentation de 5 % de ces violences et de 6 % pour celles commises au sein de la famille.
Ces évolutions prolongent une tendance désormais bien installée : les atteintes aux personnes progressent alors que plusieurs formes de vols de véhicules restent orientées à la baisse. Ce déplacement de la délinquance vers davantage de violences physiques représente un défi plus grave que la seule évolution du nombre total d’infractions.
La hausse des violences sexuelles est largement statistique
Le nombre de violences sexuelles enregistrées augmente de 77 % en juin. Pris isolément, ce chiffre pourrait laisser croire à une explosion soudaine des agressions commises pendant le mois. Le ministère précise pourtant qu’il résulte largement d’une opération de consolidation des procédures concernant les violences sexuelles sur mineurs, lancée à la suite de l’affaire Lyhanna.
Des infractions anciennes, en attente de qualification ou récemment transmises par la justice, ont été intégrées aux statistiques de juin. Seul un peu plus d’un quart des faits comptabilisés au cours du mois aurait été commis moins de trente jours auparavant, contre généralement 30 à 40 %. Ce bond ne peut donc pas être utilisé comme une mesure directe de l’évolution immédiate des agressions sexuelles.
La hausse reste toutefois préoccupante sur une période plus longue : les violences sexuelles enregistrées au cours des douze derniers mois progressent de 15 %. Le bilan de 2025 montrait déjà une augmentation de 8 %, et de 9 % pour les viols et tentatives de viol. Une partie de cette évolution peut provenir de dépôts de plainte plus nombreux ou plus tardifs, mais cela n’efface pas les faits rapportés.
Vols violents et cambriolages progressent sur le trimestre
Les vols avec armes augmentent de 4 % en juin et de 3 % sur le trimestre. Leur tendance annuelle reste néanmoins favorable, avec une baisse de 11 % sur les douze derniers mois. Les vols violents sans arme progressent plus nettement : +2 % en juin et +10 % sur trois mois.
Les cambriolages diminuent légèrement en juin, de 1 %, mais leur total trimestriel augmente de 7 %. Cette différence montre pourquoi une seule comparaison mensuelle ne suffit pas : les évolutions peuvent s’inverser rapidement et doivent être examinées sur plusieurs périodes. Les vols dans les véhicules et d’accessoires automobiles poursuivent, eux, leur recul.
Les homicides augmentent fortement sur trois mois
Le SSMSI a enregistré 127 victimes d’homicide en juin, après 119 en mai et 132 en avril. Le total atteint 378 victimes au deuxième trimestre, contre 275 durant les trois mois précédents, soit une hausse statistique de 37 %. Ces données restent provisoires et partiellement retraitées ; le chiffre définitif est consolidé dans le bilan annuel.
La progression mérite néanmoins l’attention. En 2025, 975 victimes d’homicide avaient été recensées, un niveau stable sur un an. Le deuxième trimestre 2026 rompt au moins temporairement avec cette stabilisation. Il faudra attendre plusieurs mois pour déterminer s’il s’agit d’un accident statistique ou d’un véritable retournement.
Des statistiques qui ne montrent qu’une partie de la réalité
Les données du ministère mesurent les infractions enregistrées, et non la totalité des faits commis. Elles dépendent des plaintes, de l’activité des forces de sécurité et des délais d’enregistrement. En 2023, seules 6 % des victimes de violences sexuelles physiques déclaraient avoir porté plainte, contre 57 % des victimes d’un vol de voiture.
Le SSMSI recommande d’ailleurs d’attendre au moins deux observations mensuelles avant de conclure à un changement de tendance. Le signal du deuxième trimestre reste néanmoins défavorable : violences, vols violents, cambriolages, escroqueries et homicides progressent simultanément.
L’État ne peut se contenter d’expliquer ces hausses par les variations de dépôt de plainte. Il doit concentrer les moyens policiers et judiciaires sur les atteintes aux personnes, améliorer l’exécution des peines et publier rapidement les données permettant d’évaluer l’efficacité réelle de sa politique de sécurité.
Sources
- SSMSI, Interstats Conjoncture n° 130, publié le 6 juillet 2026.
- Ministère de l’Intérieur, tableau détaillé des indicateurs de juin et du deuxième trimestre 2026.
- SSMSI, bilan définitif de l’insécurité et de la délinquance en 2025.