Aide à mourir définitivement adoptée, ce que prévoit le nouveau cadre
L’Assemblée nationale a définitivement adopté la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir, après l’échec des discussions avec le Sénat. Le dispositif est soumis à cinq conditions cumulatives, mais la loi n’est pas encore entrée en vigueur.

L’Assemblée nationale a définitivement adopté, mercredi 15 juillet 2026, la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir. Le texte a obtenu 291 voix contre 241, après plusieurs lectures, deux rejets du Sénat et l’échec d’une commission mixte paritaire chargée de trouver un compromis entre députés et sénateurs. L’Assemblée nationale a finalement eu le dernier mot.
Cette adoption marque une rupture importante avec le droit actuel. La loi Claeys-Leonetti autorise notamment l’arrêt de traitements et, dans certaines situations, une sédation profonde et continue jusqu’au décès. Le nouveau texte permettrait désormais de recourir à une substance létale afin de provoquer directement la mort. La personne devrait normalement se l’administrer elle-même. Un médecin ou un infirmier pourrait le faire lorsqu’elle en est physiquement incapable.
Cinq conditions devront être réunies
L’aide à mourir ne sera pas accessible sur la seule volonté de mourir. La personne devra remplir cinq conditions cumulatives.
Elle devra être majeure, française ou résider de manière stable et régulière en France. Elle devra être atteinte d’une affection grave et incurable engageant son pronostic vital, arrivée dans une phase avancée ou terminale. La phase avancée est définie comme un processus irréversible marqué par une aggravation de l’état de santé affectant la qualité de vie.
Le patient devra également présenter une souffrance liée à cette maladie. Celle-ci devra être réfractaire aux traitements ou considérée comme insupportable lorsque la personne refuse ou arrête un traitement. Une souffrance psychologique isolée ne pourra pas ouvrir l’accès au dispositif. Enfin, la personne devra être capable d’exprimer une volonté libre et éclairée au moment de sa demande.
Les directives anticipées ne permettront donc pas de demander une aide à mourir pour une date future. Un proche ne pourra pas prendre cette décision à la place du patient. Les personnes dont le discernement est gravement altéré pendant la procédure ne pourront pas être considérées comme donnant un consentement valable.
Une décision prise après une procédure collégiale
La demande devra être présentée directement à un médecin en activité. Elle ne pourra pas être formulée ou confirmée au cours d’une téléconsultation. Le médecin devra informer le patient sur son état, les traitements disponibles, les soins palliatifs et la possibilité de renoncer à tout moment. Il devra faciliter l’accès aux soins palliatifs si la personne le souhaite, mais leur acceptation ne constitue pas une condition obligatoire.
Le médecin réunira ensuite un collège pluriprofessionnel comprenant notamment un autre médecin indépendant, spécialiste de la maladie, ainsi qu’un auxiliaire médical ou un aide-soignant. Après cette consultation, le médecin chargé du dossier restera seul responsable de la décision finale. Il disposera de quinze jours pour notifier une réponse motivée.
En cas d’accord, le patient devra attendre au moins deux jours avant de confirmer sa demande. Il pourra se rétracter jusqu’au dernier moment. Si l’administration intervient plus de trois mois après la décision, le caractère libre et éclairé de sa volonté devra être réévalué.
Des contrôles principalement réalisés après le décès
Le texte crée une commission nationale de contrôle et d’évaluation placée auprès du ministère de la Santé. Elle examinera les dossiers après les procédures afin de vérifier le respect des conditions légales. Elle pourra saisir une juridiction disciplinaire en cas de manquement professionnel et le procureur de la République lorsqu’elle soupçonne un crime ou un délit.
Ce contrôle a posteriori constitue l’un des principaux points de débat. Les défenseurs du texte estiment que la procédure collégiale, la traçabilité informatique et les vérifications médicales protègent les patients. Ses opposants considèrent que certaines notions, notamment celle de phase avancée, laissent une marge d’interprétation trop importante aux médecins. Le Sénat avait souhaité limiter le dispositif aux personnes dont le pronostic vital était engagé à court terme.
Les professionnels de santé disposeront d’une clause de conscience. Ils pourront refuser de participer, mais devront informer rapidement le patient et lui communiquer le nom de professionnels volontaires. Les établissements ne pourront pas interdire par principe l’intervention de ces professionnels dans leurs locaux.
La loi n’est pas encore applicable
Le vote définitif ne vaut pas entrée en vigueur immédiate. Le président du Sénat, plus de soixante sénateurs et le Premier ministre ont saisi le Conseil constitutionnel les 16 et 17 juillet. Le Conseil dispose normalement d’un mois pour statuer, sauf procédure d’urgence réduisant ce délai à huit jours. Une disposition déclarée contraire à la Constitution ne pourra pas être promulguée.
Si le texte est validé, plusieurs décrets et arrêtés devront encore préciser la procédure médicale, la forme des demandes, le fonctionnement de la commission, la gestion des données, les produits utilisés et la rémunération des professionnels. Un arrêté financier devra être adopté dans les trois mois suivant la promulgation.
La France a donc voté le principe de l’aide à mourir, mais son application concrète dépend encore du contrôle constitutionnel et de règles réglementaires essentielles. Sur un acte irréversible, la solidité du dispositif se mesurera moins aux intentions affichées qu’à la précision des critères, à l’indépendance des décisions médicales et à l’efficacité réelle des contrôles.
Sources
- Assemblée nationale, compte rendu du vote définitif du 15 juillet 2026
- Assemblée nationale, texte adopté en nouvelle lecture repris lors du vote définitif
- Sénat, présentation du parcours législatif et des divergences entre les deux chambres
- Conseil constitutionnel et Sénat, saisines déposées après l’adoption
- Légifrance, article 61 de la Constitution relatif au contrôle avant promulgation